Vous avez repiqué vos poireaux avec soin, et quelques semaines plus tard, les feuilles jaunissent, ramollissent ou présentent de drôles de traces blanchâtres. Le responsable n’est ni un champignon ni une limace. C’est un insecte discret, une petite mouche grise qui pond ses œufs directement dans les feuilles de vos poireaux : la mouche mineuse du poireau, ou Phytomyza gymnostoma.
Mouche mineuse du poireau : un ravageur présent en France depuis 2003
Cette mouche de quelques millimètres, grisâtre et peu visible à l’œil nu, appartient à l’ordre des diptères. Elle a été repérée pour la première fois en Alsace en 2003, probablement venue de l’Est de l’Europe. Depuis, elle a colonisé la quasi-totalité du territoire français et s’est aussi installée en Belgique et dans le sud de l’Angleterre.
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Son nom de « mineuse » vient du comportement de ses larves. Après l’éclosion, elles creusent des galeries (des « mines ») à l’intérieur des tissus du poireau, en se nourrissant de la chair des feuilles et du fût. Ce sont ces galeries qui provoquent les dégâts visibles au potager.
Un point souvent ignoré dans les articles de jardinage : la mineuse ne s’attaque pas qu’aux poireaux. Elle pond aussi dans l’ail, l’oignon et d’autres alliacées. Si vous cultivez ces légumes côte à côte, le risque de propagation augmente.
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Cycle de ponte et larves dans les feuilles de poireau
Vous avez déjà remarqué de petits points blancs alignés sur les feuilles de vos poireaux ? Ce sont les traces de piqûres de ponte. La femelle perce la surface de la feuille avec son ovipositeur pour y déposer ses œufs, souvent plusieurs par feuille.
La mineuse du poireau produit deux générations par an, ce qui la rend particulièrement tenace. La première vague d’adultes apparaît au printemps, pond, et les larves se développent jusqu’en début d’été. La seconde vague survient en automne. C’est souvent cette deuxième génération qui cause le plus de dégâts sur les poireaux d’hiver.
Ce que font les larves une fois écloses
Une fois sortie de l’œuf, la larve s’enfonce dans le tissu végétal. Elle progresse en creusant une galerie entre les couches de la feuille. On observe alors des traînées blanchâtres ou translucides sur les feuilles, parfois accompagnées de zones molles.
En fin de développement, la larve se transforme en pupe, un petit cocon brun-orangé qu’on retrouve parfois à la base des feuilles ou dans le sol. C’est sous cette forme qu’elle passe l’hiver avant de donner un nouvel adulte au printemps suivant.
Mineuse ou teigne du poireau : ne pas confondre les deux ravageurs
Sur les forums de jardinage, la confusion entre la mouche mineuse et la teigne du poireau revient très souvent. Les deux s’attaquent aux mêmes cultures, mais ce sont des insectes très différents.
- La mineuse du poireau est un diptère (une mouche). Ses larves creusent des galeries à l’intérieur des feuilles, laissant des traces linéaires visibles par transparence.
- La teigne du poireau est un lépidoptère (un papillon). Ses chenilles percent des trous plus larges et irréguliers dans les feuilles, parfois jusqu’au cœur du plant.
- Les pupes de la mineuse sont de petits cocons bruns, souvent trouvés à la base du poireau. Les chenilles de la teigne, elles, sont verdâtres et mobiles.
Savoir distinguer les deux permet de choisir la bonne stratégie de lutte. Un filet anti-insectes bloquera la mouche mineuse, mais une chenille de teigne déjà présente dans le sol ne sera pas arrêtée de la même façon.

Filets anti-insectes et lutte biologique contre la mineuse au potager
Le premier réflexe est mécanique : poser un filet anti-insectes sur vos poireaux dès le repiquage. Le maillage doit être suffisamment fin pour empêcher une mouche de quelques millimètres de passer. Ce filet doit rester en place pendant les périodes de vol, au printemps et en automne.
Attention : le filet ne fonctionne que s’il est posé avant l’arrivée des mouches. Si la ponte a déjà eu lieu, le filet emprisonne le problème au lieu de le résoudre. Des jardiniers témoignent d’ailleurs d’attaques malgré un filet posé dès le repiquage, ce qui peut s’expliquer par des pupes déjà présentes dans le sol.
Rotation des cultures et autres leviers
Ne replantez pas vos poireaux (ni ail, ni oignon) au même endroit chaque année. Les pupes hivernent dans le sol, à faible profondeur. Une rotation sur trois ans minimum limite la recontamination par les adultes qui émergent sur place.
Côté lutte biologique, des recherches portent sur des lâchers de parasitoïdes qui ciblent les œufs ou les larves de la mineuse. Cette approche, encore peu répandue dans les jardins familiaux, est déjà explorée en maraîchage professionnel.
Loi Labbé : pas d’insecticide chimique pour les particuliers
Depuis le 1er janvier 2019, la loi Labbé interdit l’usage de la plupart des pesticides chimiques par les jardiniers amateurs en France. Concrètement, aucun insecticide de synthèse n’est légalement utilisable contre la mouche mineuse dans un jardin familial. Les solutions se limitent aux méthodes physiques (filets, arrachage des plants atteints) et aux produits autorisés en agriculture biologique.
- Poser un filet anti-insectes à maille fine dès le repiquage, maintenu jusqu’à la fin de la période de vol
- Pratiquer une rotation des alliacées sur au moins trois ans
- Arracher et détruire (ne pas composter) les plants fortement infestés pour éliminer les pupes
- Surveiller les feuilles dès le printemps pour repérer les premières traces de piqûres
La mouche mineuse du poireau reste un adversaire difficile à éliminer totalement. Mais la combinaison filet, rotation et surveillance régulière suffit dans la majorité des cas à protéger une récolte correcte. Le plus efficace reste d’agir avant la ponte, pas après.

