Qui peut encore utiliser du glyphosate ?

Le glyphosate est un herbicide systémique dit « total » : il détruit la quasi-totalité des végétaux qu’il touche, en circulant dans la sève après absorption par les feuilles. Depuis la loi Labbé renforcée en 2019, les particuliers ne peuvent plus acheter ni utiliser de glyphosate en France. La molécule reste pourtant autorisée pour certaines catégories d’utilisateurs, dans un cadre réglementaire qui a beaucoup évolué entre 2020 et 2026.

Approbation européenne du glyphosate : le cadre qui conditionne tout

Avant de détailler qui peut pulvériser du glyphosate en France, il faut comprendre le mécanisme d’autorisation. La substance active est approuvée (ou non) au niveau de l’Union européenne. Chaque État membre décide ensuite des conditions d’usage sur son territoire.

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Fin 2023, la Commission européenne a renouvelé l’approbation du glyphosate pour dix ans, estimant que la substance ne présentait « aucun effet nocif sur la santé humaine ni aucun effet inacceptable sur l’environnement » selon l’évaluation réglementaire conduite par l’EFSA. Cette décision prolonge la possibilité d’utiliser le glyphosate dans les produits phytosanitaires commercialisés dans l’UE.

La France n’a pas cherché à obtenir une interdiction totale. La position gouvernementale s’est orientée vers une réautorisation assortie de restrictions d’usage nationales, plutôt que vers un retrait pur et simple de la molécule. Des collectifs environnementaux ont signalé en 2026 que la France avait soutenu, dans le cadre des négociations européennes, des approbations pouvant aller bien au-delà de 2033.

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Agronome analysant un échantillon d'herbicide glyphosate dans un laboratoire de recherche agricole

Agriculteurs et glyphosate : les conditions d’utilisation en France

Les agriculteurs professionnels restent les principaux utilisateurs légaux du glyphosate sur le territoire français. Depuis octobre 2020, les modifications réglementaires portent sur l’usage « Traitements généraux, désherbage, interculture, jachères et destruction de culture ».

Les situations couvertes par cet usage en grandes cultures comprennent :

  • La destruction de couverts végétaux d’interculture, lorsque le couvert ne peut pas être détruit mécaniquement dans des conditions satisfaisantes
  • L’élimination de repousses de cultures ou d’adventices vivaces avant l’implantation d’une nouvelle culture
  • Les cas de sols hydromorphes (gorgés d’eau), où le travail mécanique du sol est techniquement impossible ou risquerait de dégrader la structure

L’autorisation dépend de la technique de travail du sol (labour ou non-labour), de la période de semis de la culture suivante (automne ou printemps) et du caractère hydromorphe du sol. Ce n’est pas le type d’adventice ou de couvert qui détermine le droit d’utiliser le produit, sauf dans les cas de luttes obligatoires réglementées.

En viticulture, en arboriculture et pour certaines cultures pérennes, le glyphosate reste utilisable pour le désherbage sous le rang, là où les outils mécaniques ne passent pas sans endommager les plants. La dose maximale autorisée par hectare et par an a été réduite par rapport aux pratiques antérieures.

La logique du « pas d’alternative viable »

Le principe directeur de la réglementation française repose sur une idée simple : le glyphosate ne doit être utilisé que lorsqu’aucune alternative non chimique n’est praticable. L’agriculteur doit pouvoir justifier que le désherbage mécanique, thermique ou agronomique n’est pas réalisable dans sa situation. Ce critère de subsidiarité reste difficile à contrôler sur le terrain, mais il structure les autorisations de mise en marché délivrées par l’ANSES.

Au-delà du monde agricole, certains professionnels disposant d’un certificat individuel de produits phytopharmaceutiques (Certiphyto) peuvent encore utiliser des herbicides à base de glyphosate. C’est le cas des entreprises d’entretien d’espaces verts intervenant pour le compte de donneurs d’ordre privés (copropriétés, entreprises, infrastructures industrielles).

SNCF Réseau constitue un cas particulier souvent cité. L’entretien des voies ferrées nécessite un contrôle strict de la végétation pour des raisons de sécurité. Le glyphosate y est utilisé sur les ballasts et les abords de voies, un usage pour lequel les alternatives mécaniques se heurtent à des contraintes logistiques et de coût considérables.

En revanche, les collectivités territoriales (communes, départements, régions) ne peuvent plus utiliser de produits phytosanitaires de synthèse pour l’entretien de leurs espaces verts, voiries et promenades depuis le 1er janvier 2017. Cette interdiction, antérieure à celle visant les particuliers, a poussé de nombreuses communes à adopter le désherbage thermique, mécanique ou simplement à tolérer davantage de végétation spontanée.

Viticulteur accroupi dans un vignoble français examinant le sol près d'un pulvérisateur de glyphosate

Particuliers et glyphosate : une interdiction ferme mais contournée

Depuis le 1er janvier 2019, la vente de glyphosate aux particuliers est interdite en France, tout comme son utilisation dans les jardins privés. La loi Labbé, complétée par la loi Egalim, a étendu cette interdiction à l’ensemble des produits phytosanitaires de synthèse pour les jardiniers amateurs.

Le produit n’est plus disponible en jardinerie ni en grande surface. Les marques commerciales historiques comme Roundup existent encore, mais leurs formulations actuelles destinées au grand public ne contiennent plus de glyphosate.

Les ventes persistent en ligne

Une enquête de Radio France a révélé que du glyphosate continue d’être vendu sur internet, y compris sur des plateformes grand public. Des particuliers parviennent à s’en procurer en se faisant passer pour des professionnels, ou via des circuits de revente non contrôlés. Cette situation illustre l’écart entre le cadre légal et la réalité des pratiques dans les jardins français.

Pour le désherbage domestique, les alternatives autorisées incluent les produits à base d’acide pélargonique (substance d’origine végétale, herbicide de contact), le désherbage thermique, le paillage et le travail manuel du sol. Aucune de ces solutions ne reproduit l’efficacité systémique du glyphosate, ce qui explique en partie la persistance de son usage clandestin.

Le cadre actuel trace donc une ligne nette : seuls les détenteurs d’un Certiphyto et les agriculteurs sous conditions peuvent manipuler du glyphosate. Pour un jardinier, la détention même du produit expose à une contravention. La molécule n’a pas disparu du paysage français, mais son cercle d’utilisateurs légaux se réduit aux professionnels capables de justifier l’absence d’alternative praticable.

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